Droit à l’image

Veronique ESTERNI · juillet 24, 2018 · Non classé · 0 comments

C’était une de ces après-midi caniculaires que Juillet offre chaque année aux Rencontres de la Photographie à Arles. La chaleur était étouffante.

Un rendez vous pris depuis des semaines, le temps à l’administration de vérifier que nos casiers judiciaires ne posaient pas de problème. Un rendez vous à la maison centrale, une des 7 prisons les plus sécurisées de France, celles qui accueillent les longues et très longues peines. On ressent immédiatement l’enfermement : les casiers qui nous dépossèdent de tout objet  (l’armature de mon soutien gorge ne passera pas au détecteur de métaux), le toboggan pour enfants enserré de grillages et de cadenas, la voix des agents sortant de l’interphone et des vitres sans tain, les silhouettes dans les miradors… Et quand on rentre, ce qui frappe c’est le bruit sourd et rythmique des portes, des grilles et des détenus.

Entre deux sas sécurisés, dans un couloir dont les murs ont été repeints pour l’occasion : les 17 photos de la série « droit à l’image » de Christophe Loiseau.  Les photos, le photographe…. et les détenus. C’est à la fois surréaliste et très ancré dans le réel.

Surréaliste, car nous regardons une expo photo dans un lieu où les photos sont interdites, même à l’extérieur du bâtiment. Surréaliste, car dans une ambiance qui pourrait être celle d’un vernissage, nous sommes là à discuter portrait et travail photographique avec des gens sortis du monde extérieur, pour des actes très graves (meurtres).

Mais ce huis-clos carcéral nous connecte aussi très fort à la réalité de la prison et de la détention. Au fil des discussions, on pénètre (un peu) dans cette vie ici. La violence, le lien aux familles, le lien aux victimes, la promiscuité, la reconstruction en vue la sortie, la peur, la récidive, la dépression, …

La série de portrait est le résultat d’un travail de 2 ans, qui a permis à chaque détenu de construire une photo qui lui ressemble et retrouver une image de lui même. Modeste, condamné à perpétuité, a choisi de poser dans le jardin potager de la prison et nous explique que « c’est extraordinaire de toucher l’herbe et la terre sous ses pieds ». Olivier, ancien coiffeur incarcéré depuis 2003 pour une peine de 30 ans, vient de passer un CAP de cuisinier et pose en veste blanche devant lui des dizaines de débris d’assiette allusion aux « dégâts de ma vie d’avant ». Il y a aussi le passionné de philosophie qui pose avec le Mythe de Sisyphe d’Albert Camus. Il y a les altères, l’armure, le sablier,…. La prison n’apparait sur aucune des photos mais elle est évidement omniprésente.

Un moment fort, riche et déconcertant. En sortant, tous les sas et les couloirs interminables à nouveau franchis, il fait toujours aussi chaud dehors. Cela parait, finalement, tout à fait supportable….

 

 

 

Quelques photos autorisées par l’administration pénitentiaire de l’expo ici 

L’ensemble de la série « Droit à l’image » visible ici sur le site du photographe (et à Arles, tout l’été 2018 au lieu dit « Croisière »)

 

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